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Opération atalanta anti-piraterie

Une opération à trois facettes : humanitaire, économique, policière

jeudi 28 mai 2009



La mission prioritaire de « EUNAVFOR Atalanta » est d’assurer l’accompagnement des bateaux du Programme alimentaire mondial (PAM) qui acheminent l’aide humanitaire à la Somalie. Une tâche jusqu’alors assurée par des États individuellement (France, Pays-Bas, Canada). Mais on se souvient des difficultés que rencontrait le PAM, il y a encore quelques mois, obligé de quémander auprès de chaque État, à tour de rôle, leur assistance et leur protection pour escorter ces bateaux.

EUNAVFOR dispose aujourd’hui des moyens pour assurer cette mission. Ce qui n’est pas un mince succès. Début mai, plus d’une vingtaine d’escortes vers la Somalie ont ainsi pu avoir lieu, délivrant 130 000 tonnes de nourriture, permettant de nourrir chaque jour environ 1,6-1,7 million de personnes. Une escorte d’un bateau du PAM a également eu lieu vers la Corée du Nord, en début de mission.

La deuxième mission d’EUNAVFOR est d’assurer la sécurité des navires marchands «  les plus vulnérables ». «  Vous ne pouvons pas prétendre, avec quelques navires, éradiquer la piraterie. Mais nous ferons une contribution utile à la lutte contre le phénomène », avait expliqué le contre-amiral Phil Jones, lors du démarrage de la mission. Cette mission se trouve aujourd’hui remplie de deux manières. D’abord, la mise en place d’un double corridor « sécurisé ». Un corridor était déjà en place avant EUNAVFOR, il a été déplacé, plus loin des côtes yéménites, pour éviter des attaques surprises, et doublé avec un couloir descendant et un couloir montant. Ensuite, les escortes en « convoi », pour les bateaux plus vulnérables. Une centaine de navires marchands ont ainsi pu être accompagnés lors d’une vingtaine d’escortes. Même si tous les navires escortés ont pu ainsi échapper aux attaques de pirates, ceux-ci n’ont pas hésité, parfois avec succès à s’en prendre à des navires, proches de ces convois.

Le travail se fait en étroite coordination avec les autres forces présentes dans la zone, comme la coalition anti-terroristes, dont le QG est à Bahreïn (US Navy) ou de l’OTAN (qui a une « force permanente maritime » SNMG dans la zone). «  Nous partageons des informations, des renseignements sur l’activité des pirates » explique le contre-amiral Jones. Ces informations transitent par un « chat » informatique sécurisé. Les escortes sont notamment menées de concert avec les autres navires des forces présentes dans la région (CTF, OTAN, Russie, Inde…).

La troisième mission est d’assurer la dissuasion et l’arrestation des pirates. Un objectif qui, sans être prioritaire, est devenu aujourd’hui une des clefs du succès de l’opération. Certes le nombre d’attaques pirates est en hausse continue depuis un an (voir encadré). Mais deux éléments permettent de jauger l’efficacité de l’opération. D’une part, le taux d’attaques « réussies » a diminué. De presque un sur deux, il est passé à un sur quatre au premier trimestre. D’autre part, le nombre d’arrestations et de remises en justice est conséquent (voir détails plus loin). Enfin, ainsi que l’a annoncé le premier commandant de l’opération, Phil Jones, les forces multinationales avaient détruit 4 bateaux-mères début mai. Le tout a été réalisé sans effusion de sang. Malgré les risques d’intervention, l’opération n’avait causé en six mois que trois blessés (1 marin et 2 pirates). Toutes les autres opérations durant la même période de temps se sont soldées par des décès de pirates.

En revanche, Atalanta ne mène normalement pas de mission de recherche de pirates, ou de libération d’otages (voir entretien avec le contre-amiral Labonne).

PRISES D’OTAGE = ZONE NATIONALE

L’intervention militaire en cas de prise d’otages appartient uniquement à l’État du pavillon. Peu de pays ont utilisé la force, la grande majorité préférant négocier. Deux pays font exception : la France et les Etats-Unis. Dans une opération épique, début avril 2008, après la libération des otages du Ponant (un navire de croisière de la CMA-CGM) par versement de rançon, la marine française intervient directement sur le territoire somalien pour récupérer les pirates et une partie de la rançon. Six pirates sont rapatriés sur Paris pour être jugés. A nouveau, en septembre 2008, après la capture d’un voilier de plaisance, le Carré d’As, les commandos marine français interviennent, libèrent les otages et arrêtent six pirates (un septième est tué dans l’opération). Troisième intervention, en avril 2009, sur un voilier de plaisance, le Tanit. Les otages sont libérés. Mais un décède dans l’opération. Par tir non identifié officiellement (même si l’origine semble être française). Deux pirates sont également tués. Et trois autres arrêtés. Dans ce type d’opérations interviennent normalement les moyens militaires des États concernés, sous leur propre pavillon. Mais d’autres navires interviennent en soutien. Ainsi durant l’opération sur le Tanit, un navire allemand, le Mecklenburg-Vorpommern qui disposait d’un bloc chirurgical, a été prépositionné en soutien.

INTERCEPTION OPÉRÉES PAR ATALANTA

L’opération Atalanta a pu procéder - selon un bilan officieux établi par Europolitique au 27 mai 2009 - à 108 arrestations. Sur ce nombre, seuls 14 ont été libérés et désarmés ; 86 entendus par la justice ; et 8 sont en attente d’être transférés. La plupart des suspects (52) arrêtés par Atalanta ont été transférés au Kenya - sous l’effet de l’accord signé par l’UE - les autres (25) en Somalie ou aux Seychelles, par un tour de passe-passe juridique ou opérationnel. Les navires reprenant le temps de la remise aux autorités - non agréés par l’Union européenne - leur pavillon national (ces pirates ne sont ainsi pas décomptés dans le bilan officiel dressé par EUNAVFOR).

L’opération européenne atteint ainsi un des meilleurs « scores » de traduction devant les tribunaux : 8 pirates sur 10 appréhendés étant remis aux autorités judiciaires. Selon un décompte effectué par Europolitique, ce taux atteint 7 sur 10 pour les opérations nationales, 3 sur 10 pour la coalition américaine CTF 151 et un peu plus d’1 sur 10 pour l’opération de l’OTAN ; la règle de procédure de l’OTAN se contentant en « catch and release » (arrestation puis libération).

Transfert au Kenya :

- 9 pirates appréhendés, le 3 mars 2009, par la frégate allemande Rheinland-Pfalz aidée d’un hélicoptère américain de l’USS Monterey (de la CTF-151), après l’attaque d’un navire de commerce, battant pavillon d’Antigua, le MV Courrier. Le parquet de Hambourg a ouvert une enquête, le propriétaire du navire étant allemand. Mais, le gouvernement fédéral s’est orienté vers une remise aux autorités du Kenya. Les suspects ont été remis à la police kenyane, à Mombasa, le 10 mars.

- 7 pirates remis, le 7 avril 2009, par la frégate allemande Rheinland-Pfalz, après l’attaque du pétrolier ravitailleur de la flotte Atalanta, le SPS Spessart, le 29 mars. L’Allemagne a renoncé à la possible compétence de ses tribunaux.

- 11 hommes arrêtés par la frégate française Nivôse, le 15 avril 2009, après l’attaque du MV Safmarine Asia, navire battant pavillon libérien, et remis à Mombasa le 22 avril.

- 11 hommes arrêtés par la frégate française Nivôse le 3 mai 2009 en flagrant délit alors qu’ils tentaient d’attaquer le navire militaire, et remis à Mombasa, le 8 mai 2009. La France a renoncé à la possible compétence de ses tribunaux.

- 13 hommes arrêtés successivement les 6 et 7 mai 2009 par la marine espagnole après les attaques de deux navires — le Nepheli (grec sous pavillon panaméen) et le Anny Petrakis (cargo maltais) — ont été livrés par le Marques della Ensanada, le 16 mai 2009 au Kenya. Le 14ème pirate arrêté, blessé dans l’opération, a été évacué sur Djibouti. Un juge espagnol a requis le jugement en Espagne. Mais le gouvernement et le procureur espagnol, pas très chauds de cette autosaisine, s’y sont opposés.

- 7 pirates arrêtés par la corvette suédoise, HMS Malmö, le 26 mai 2009, après l’attaque d’un navire grec MV Antonis.Rapatriement en Europe- 9 pirates saisis, vendredi 22 mai, par la frégate italienne, le Maestrale, pourraient être rapatriés à Rome pour être jugés par la justice italienne, après l’attaque de navires grec Maria K et américain Maersk Virginia.

Remise aux autorités de Somalie ou des Seychelles :

- 8 pirates Somaliens, arrêtés par l’Aviso français Premier Maitre L’Her, le 1er janvier 2009, sur une tentative d’attaque du cargo panaméen S. Vénus, ont été remis aux autorités du Puntland.

- 9 suspects ont été remis aux gardes-côtes somaliens par le Floréal, le 29 janvier 2009, après une tentative d’attaque sur l’African Rubis, navire sous pavillon maltais.

- 9 hommes appréhendés par la frégate espagnole Numancia, le 26 avril 2009, dans une opération avec la marine indienne, après l’attaque du navire de croisière italien MSC Melody. Officiellement, les suspects ont été relâchés puis repris, immédiatement, par les gardes-côtes des Seychelles à proximité. Une procédure nécessaire faute d’accord entre l’UE et les Seychelles.

Libération sur le champ :

- 6 hommes appréhendés par la frégate allemande Karlsruhe, le 25 décembre 2008, relâchés sur ordre de Berlin.

- 5 hommes appréhendés par le navire grec Psara après l’attaque d’un pétrolier norvégien sous pavillon danois, le Sigloo Tor, le 30 mars 2009.

- 3 hommes appréhendés par la frégate française Nivôse, le 30 avril 2009 à bord de ce qui semblait un bateau-mère. Des brassières de sauvetage d’un bateau pris par les pirates ont été retrouvées, mais aucune arme à bord. Sans preuve tangible, la libération était inéluctable.

Attaques en hausse

En 2008, le nombre des actes de piraterie dans la région du Golfe d’Aden a explosé (il a été multiplié par trois par rapport à 2007), selon le rapport du Bureau maritime international. 111 navires ont été attaqués au large de la Somalie (mer rouge et Golfe d’Aden) et 43 détournés. A cela il faut ajouter 17 attaques dans l’Océan indien (Tanzanie, Kenya, Seychelles). Et l’escalade continue en 2009. Pour le seul premier trimestre 2009, on recense 114 bateaux attaqués et 29 saisis. Avec un renforcement notable du danger autour des Seychelles et de l’Océan indien : une attaque sur deux ou trois se produit dorénavant dans cette zone.

Les pirates ont en permanence entre leurs mains entre 10 et 20 navires, et 200 marins en otage. Le montant cumulé des rançons pourrait atteindre entre 30 et 150 millions de dollars.



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