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Opération atalanta anti-piraterie

Les moyens, les missions, les résultats

Par Nicolas Gros-Verheyde | jeudi 28 mai 2009



L’opération européenne de lutte anti-piraterie a progressivement augmenté ses moyens depuis son démarrage. De 3 à 4 navires de guerre, au début décembre 2008, elle comptait, fin mai 2009, une douzaine de navires (Allemands, Espagnol, Français, Suédois, Italien, Grec) et 3 avions. Si le chiffre varie d’un jour à l’autre, en moyenne, 6-7 navires européens (frégates et navire ravitailleur), une dizaine d’hélicoptères (chaque frégate est équipée d’un ou deux hélicoptères) et 2 avions de surveillance maritimes sont mobilisés.

La plupart des pays européens participent à l’opération, notamment tous les États disposant d’une marine (Espagne, France, Grèce, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Suède, Belgique et Pays-Bas). Une exception notable : le Portugal. Les autres pays y participent par l’intermédiaire d’officiers, placés dans les états-majors (Finlande, Lettonie, Roumanie, notamment). En outre, plusieurs pays tiers ont décidé de participer à l’opération (Norvège) ou envisagent de le faire (Suisse).

La base logistique arrière (FHQ Log) est située sur l’aéroport militaire de Djibouti (avec 25 hommes dirigés par un Britannique) et le port de Djibouti. Elle bénéficie de l’appui des troupes européennes basées dans la zone : la France a une base permanente (plus de 2000 personnes, avions de transport et de chasse, navires), l’Allemagne entretient également un détachement logistique dans le cadre de l’opération Enduring Freedom.

A noter que, comme toute opération militaire, le Danemark ne participe pas à l’opération. Ce qui est paradoxal. Car sa marine, présente dans la coalition CTF (lire encadré) est une des plus actives dans la lutte anti-piraterie. Mais ne disposant pas du cadre juridique nécessaire, les saisies de pirates aboutissent généralement à la remise en liberté (sauf si un autre État en demande le transfert, cela a été le cas pour les Pays-Bas, début janvier, après l’interception du Samanyulo (navire immatriculé aux Antilles néerlandaises).

COMMANDEMENT

L’opération est commandée par un petit État-major multinational dirigé par un contre-amiral britannique (Philip Jones pour les six premiers mois, remplacé par Peter D. Hudson), assisté d’un adjointl – le contre-amiral Français Jean-Pierre Labonne (pour les six premiers mois) puis l’amiral de flotille allemand Torsten Kähler (pour les six mois suivants). La relève des commandements est prévue début juin.

Le quartier général d’opération (OHQ) est situé à Northwood (à 25 miles au nord de Londres) qui abrite également le commandement conjoint des opérations britanniques outre-mer (Iraq, Afghanistan, …) et un des commandements interalliés maritimes de l’OTAN.

Dans la zone, le commandant de la force (en mer) est assuré directement sur une des frégates, par rotation entre plusieurs pays. Après le commodore grec Antonios Papaioannou qui a assuré le commandement, de décembre à mars, depuis la frégate grecque « Psara », un Espagnol a pris le relais, en avril 2009, Juan Garat Caramé. A partir d’août 2009, il sera, à son tour, relevé par un Néerlandais.

FINANCEMENT

L’opération est financée essentiellement par les États membres. On estime qu’un avion de patrouille maritime de type Orion, avec son équipage et sa maintenance revient à 30 millions d’euros sur une année pleine (selon les Espagnols). Tandis qu’une frégate revient (selon le budget allemand) à environ 40 millions d’euros sur une année pleine. Le budget global de l’opération revient donc aux alentours de 300 millions d’euros. Seule une petite partie de ses frais est pris en charge par le mécanisme de solidarité « Athena » (les frais d’état-major) : 8,3 millions d’euros.

CENTRE D’ASSISTANCE MARITIME

Parallèlement à l’opération militaire proprement dite, l’Union européenne a mis en place un Centre de sécurité maritime pour la Corne de l’Afrique (MSC-HOA). Celui-ci est placé sous l’autorité du contre-amiral commandant l’opération, et basé à l’OHQ de Northwood.

L’objectif est d’assister les navires présents dans le Golfe d’Aden, au large de la Somalie et de la Corne de l’Afrique, en leur donnant des informations – en temps réel - sur les risques encourus dans les eaux traversées, et toutes les informations et conseils propres à réduire le risque d’attaques de pirates. Le MSC-HOA recommande ainsi aux propriétaires ou capitaines de navires, d’enregistrer, via un site web - de manière sécurisée - les positions de leurs navires, leurs trajets et leur cargaison, afin de pouvoir être à même de cerner quels navires ont besoin d’une assistance spécifique, et d’intervenir rapidement.

Elle est à même également de donner des conseils sur les attaques, en temps réel, ou les manœuvres d’évitement (utilisation des pompes à incendie, accélération moteur et zigzag pour créer un effet de vague, etc…).

Le dispositif est assez original. C’est, en effet, la première fois qu’une opération militaire de l’UE met à disposition des principaux acteurs économiques concernés, de façon transparente, un service « dédié » d’information et de renseignement. Des spécialistes de la marine marchande sont d’ailleurs présents dans le Centre, assurant ainsi la liaison entre l’industrie maritime et les forces militaires opérant dans la région.

Les autres forces multinationales

Plusieurs autres forces multinationales sont présentes dans la zone. Certaines sont permanentes et plus ou moins spécialisées. La coalition CTF-151, mise en place par les Américains, qui comprend des bateaux coréen et turc, est spécifiquement dédiée à la lutte anti-piraterie. Tandis que les autres (CTF 150, CTF 152) sont davantage consacrés à la lutte anti-terroriste, dans le cadre de l’opération « Enduring freedom ». Commandée à tour de rôle par un pays membre de la coalition (le Danemark, la France, l’Allemagne l’ont successivement commandée), elles peuvent prêter cependant main forte à la lutte anti-piraterie.

De nombreux États - la Russie et l’Inde, tout d’abord, rejoints par la Chine, la Malaisie, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie… - ont envoyé des bateaux sur la zone. Sont présents également les navires des garde-côtes d’Arabie Saoudite, du Yémen et de Somalie (Puntland ou Somaliland notamment).

L’OTAN a décidé de profiter du passage dans la zone, plusieurs fois par an, de navires membres d’un de ses groupements permanents (SNMG), qui effectuent des visites de port ou des exercices de routine, pour mener à l’aller et au retour, une mission de dissuasion. Un apport précieux, bien que ponctuel, aux forces déjà présentes dans la zone.



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