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Internet

L’Europe doit investir davantage pour profiter de son modèle

Par Alain Bloëdt | lundi 17 janvier 2011



Si l’Europe n’a plus créé ces dernières années de géants de l’internet, la situation n’est toutefois pas dramatique. Revue des forces en présence.

Google n’est pas l’internet et l’internet n’est pas Google. Devenu incontournable, le moteur de recherche américain fait de l’ombre à l’Europe, mais celle-ci est loin, néanmoins, d’être un nain numérique. L’Europe n’a pas à rougir. Son espace est, en effet, le mieux connecté au monde et l’UE compte le plus grand nombre de personnes connectées sur la planète. Il y a donc une vraie culture européenne de l’internet, comme le confirme le «  Networked Readiness Index », un classement dressé chaque année, depuis 2001, par le Forum économique mondial.

Le classement est établi par les organisateurs du célèbre Forum de Davos en fonction de la place, de l’usage et du bénéfice qu’un pays peut tirer des technologies de l’information et des communications (TIC). Or, ce classement fait la part belle aux Européens puisque sur les 133 pays participants pris en considération en 2010, la Suède et le Danemark se placent respectivement à la première et à la troisième marche du podium. Singapour est deuxième et les États-Unis sont quatrième.

Une position que confirme Jérémie Zimmermann, cofondateur de « La quadrature du Net », une organisation qui défend les droits et libertés des citoyens sur l’internet. «  On n’a rien à envier aux autres en termes de réseau et de programmation car le potentiel d’innovation est là », affirme-t-il. Il cite les logiciels libres (open sources, en anglais), un domaine dans lequel les chefs de projet français, allemands et espagnols sont très recherchés. Le logiciel libre, comme le définit l’encyclopédie collective d’origine américaine Wikipédia, est un logiciel dont l’utilisation, l’étude, la modification, la duplication et la diffusion sont universellement autorisées sans contrepartie.

« L’open source n’est rien d’autre qu’un modèle vertueux éloigné du modèle capitaliste », estime Fabrice Epelboin, auteur principal et éditeur de la version française du blog ReadWrite Web, élu «  meilleur blog High-tech de l’année 2009 » par le magazine français Challenge.

Autrement dit, les Européens sont très bons dans l’élaboration des logiciels mais sont moins doués dans leur exploitation en termes de services, à l’instar du logiciel libre WordPress. Ce logiciel, bien connu qui car il permet de réaliser des sites web basés sur le principe du blog. WordPress a vu le jour en 2003, aux États-Unis, mais il est, en réalité, comme une évolution du logiciel « b2 » créé par un le Français Michel Valdrighi deux ans plus tôt.

DÉVELOPPER UN MODÈLE EUROPÉEN

Le problème ne peut pas, cependant, être ramené à un simple manque d’esprit d’entreprise des acteurs européens. Outre la pénurie importante de professionnels hautement qualifiés dans le secteur, les Européens sont victimes du cloisonnement juridique et économique persistant au sein du Marché unique. Ces barrières, qui entravent le développement de projets débordant le cadre national, d’un pays à l’autre de l’UE, réduisent la compétitivité quand celle-ci devrait être, ici peut-être plus qu’ailleurs, dopée par des investissements massifs. Exemple, dans l’édition, l’Europe compte des éditeurs opérateurs puissants, mais pas encore de plateformes en ligne compétitives. Autre exemple : avec le secteur public européen qui consacre moins de 5,5 milliards d’euros par an à la R&D liée aux TIC, soit nettement moins que les économies concurrentes.

Très impliqué dans le développement de l’internet en Europe, ayant contribué à la création de l’ICANN (l’autorité internationale de régulation du Web), Daniel Kaplan ose et se demande s’il ne faudrait pas, somme toute, accepter la spécificité européenne et lui donner sa chance : «  À défaut de reproduire du Google naïvement, pourquoi ne pas faire émerger d’autres domaines ? ». En d’autres termes, faut-il continuer à se comparer aux Américains ou créer ses propres domaines en acceptant les spécificités culturelles propres à une Union de 27 États membres ? De plus, D’ailleurs, de réels succès vont dans ce sens : l’Europe n’a-t-elle pas déjà su créer de grosses cylindrées telles que Skype, mis en point en Estonie et leader mondial de la téléphonie sur internet, ou l’allemand SAP, un progiciel de gestion intégrée en informatique et management, développé en Allemagne, certes moins connu du grand public, mais réputé dans le monde des affaires pour être leader mondial pour les logiciels d’entreprise.

Pour la plupart des experts, si l’Europe n’a plus pas créé ces dernières années de géants de l’internet, la situation n’est toutefois pas dramatique. Mais, pour l’heure, la balance penche très nettement du côté des Américains. La proportion des dépenses totales de R&D dans la recherche et le développement liés aux TIC est de 17 % dans l’Union européenne contre 29 % aux États-Unis outre-Atlantique. Pour ces experts, une chose est certaine : dans un cas comme dans l’autre, l’Europe doit investir et recruter.



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