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Banques

Le démantèlement d’Anglo Irish Bank semble inéluctable

Par Sophie Mosca | mardi 07 septembre 2010

Au sortir de son entrevue avec le commissaire européen à la Concurrence Joaquin Almunia, le ministre des Finances irlandais Brian Lenihan a partiellement démenti les rumeurs selon lesquelles il venait pour demander l’autorisation de liquider progressivement Anglo Irish Bank (AIB). « Maintenir en activité une partie d’Anglo Irish Bank reste une option à l’étude », a t-il déclaré le 6 septembre, précisant que sa visite avait pour objet de proroger la garantie des dépôts des entreprises chez Anglo Irish Bank, qui arrive à échéance à la fin du mois pour les dépôts à moins de trois mois. Le ministre a en outre assuré que, quoi qu’il arrive, les déboires d’AIB ne mettraient pas l’Irlande en faillite. La Commission a juste indiqué que la rencontre avait été constructive et que l’examen du plan de restructuration soumis en mai dernier suivait son cours.

La banque, nationalisée début 2009, a annoncé la semaine dernière avoir subi la perte semestrielle la plus élevée jamais essuyée par un groupe irlandais. La Commission a autorisé en août, à titre provisoire, une troisième recapitalisation d’urgence de la banque par l’Etat, tout en exigeant une «  restructuration approfondie » pour compenser l’aide publique en complément du plan déjà soumis. En outre, fin août, l’agence d’évaluation financière Standard and Poor’s a abaissé d’un cran la note relative à la dette irlandaise en raison des montants accrus du soutien public au système financier, en particulier à AIB qui représente jusqu’à présent 22,88 milliards d’euros. Les investisseurs redoutent en effet que le coût croissant du renflouement de l’établissement constitue la principale menace pour la situation budgétaire de l’Irlande, qui pourrait devenir la prochaine zone de turbulences financières de la zone euro.

TROIS SCÉNARII

Quelles sont les solutions envisagées ? La première consiste à scinder la banque en deux entités, une qui reprendrait les seules activités saines de l’établissement (moins de 20 % de son bilan), et une « mauvaise » banque qui regrouperait le reste. Cette scission se ferait sur plusieurs années et permettrait selon Dublin de contenir la facture publique autour de 25 milliards d’euros.

La deuxième possibilité réside en une liquidation échelonnée sur plusieurs années, pour d’éviter une vente dépréciée de ses actifs. Le coût pour l’Etat est estimé entre 4 et 5 milliards d’euros supplémentaires.

La dernière solution, encore plus coûteuse, autour de 45 milliards d’euros, envisage une liquidation immédiate du groupe.

Depuis quelques jours, l’hypothèse d’une scission de la banque est reléguée au second plan et surgissent des opinions de responsables politiques irlandais en faveur de celle, plus radicale, d’une liquidation. Au premier rang, le ministre de l’Innovation Conor Lenihan qui, le 3 septembre, a affirmé au quotidien The Independent qu’il fallait démanteler la banque « le plus vite possible». En écho, Dan Boyle, le président de la formation politique des Verts, membre de la coalition gouvernementale, a déclaré au journal Irish Times que la liquidation de la banque pourrait être réalisée « sur une période plus longue que le court terme mais plus courte que 10 ans ».

De plus en plus de responsables politiques se rangent à la pression croissante en faveur d’une fermeture de l’établissement, d’autant que sont annoncées de nouvelles hausses d’impôts et réductions budgétaires dans le prochain budget en décembre. Les propos les plus médiatisés ont été sans conteste ceux du propre patron de la banque, Mike Aynsley, repris le 5 septembre, dans un entretien au Sunday Business Post, qui affirmait que la Commission aurait « tort » de ne pas autoriser la banque à continuer une partie de ses activités. «   Pour la Commission cette banque a laissé filer 25 milliards d’euros et elle ne mérite pas de survivre, et ils ont raison. Mais il y a un dysfonctionnement du système bancaire », a-t-il indiqué.

Un porte-parole du ministère irlandais des Finances à évoqué la fin du mois comme date butoir à laquelle la Commission rendra son verdict. Il faut faire vite disent les analystes, qui soulignent le risque d’alimenter encore les craintes sur la solvabilité du pays.



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